Le Prosecco di Conegliano
Il y a comme ça des unions qui perdurent, sans faiblir, au-delà des modes et des capri-ces du temps. En Véné-tie, le vin mousseux issu du cépage prosecco lie depuis toujours les habitants de la cité des eaux aux fêtes qui culminent souvent les deux pieds dans l’aube. Comme si la bulle de l’un se lovait dans la bruine et l’embrun humide de l’autre. Naturellement.
Toute la magie du Prosecco di Conegliano Cuvée Brut de la maison Carpenè Malvolti (15,75 $ – 591289) est là. Subtile, éthérée, suggestive, entreprenante, cette cuvée a de quoi tenir en haleine, comme savait le faire le fin séducteur Giacomo Casanova à une époque où les techniques relatives à la prise de mousse en bouteille ne rivalisaient pas encore avec celles des rendez-vous galants sous l’alcôve…
Mais revenons à nos moutons! C’est sur les croupes ondulées des collines de Conegliano et de Val-dobbiadene, au pied des Dolomites, que le cépage prosecco prend goût à la vie pour mieux embellir la nôtre. Vinifié d’abord en sec, il gagna ses galons et ses bulles au siècle dernier sous la houlette d’un cer-tain Antonio Carpenè, qui lui fit subir tour à tour deux fermentations en bouteille. Ce fut un succès! Le Prosecco di Conegliano et sa version issue des meilleurs terroirs nommée «Cartizze» devinrent rapi-dement les ambassadeurs festifs de ce coin de pays bucolique réputé pour sa douceur de vivre.
Il suffit d’ailleurs de se servir une flûte de ce spumante pour saisir toute la magie du lieu. Mousse fine, nourrie et légère comme une crinoline de mariée, arômes de fruits frais où se mêlent à la fois des nuances plus vertes d’amande et de foin coupé, puis saveurs encore une fois légères, crémeuses, presque onctueuses, qui gonflent des joues comme un trop-plein d’enthousiasme libéré sous le coup de l’émotion. Bref, et pour ne rien vous cacher, savourer une flûte de ce Prosecco, c’est comme sentir courir sur nos épaules le souffle doux d’un prin-temps que l’on n’attendait plus… Lisez les Mémoires de Casanova pour mieux comprendre la métaphore!
Le service de ce délicat spumante exige du doigté. Vin de jour, lumineux et affriolant, il s’offre d’emblée à l’apéro pour faire mousser la conversation. Évitez de le contrarier avec des entrées trop épicées : il perdrait tout son charme. Préférez-lui soufflés ou gougères au
fromage, mousselines de poisson fin ou, pourquoi pas, sushis variés. Après cela, rien ne devrait empêcher les joues des nouveaux mariés de rosir de bonheur. Et les invités à la fête de rêver de Venise !





