On assiste aujourd’hui à une effervescence de cérémonies de plus peronnalisées où symboles culturels, religieux et profanes se mêlent au gré et à l’image des futurs mariés.
Samia est née à Montréal. Son père est musulman, il vient de l’île Maurice, et sa mère est protestante, canadienne. Elle va épouser Matias, lui aussi né à Montréal, dont les parents sont tous deux chrétiens. Sa mère, orthodoxe, est d’origine arménienne et son père, catholique, est d’origine espagnole. Samia et Matias tiennent à leurs origines ethniques et, surtout, aux traditions qui en découlent : elles font partie de ce qu’ils sont aujourd’hui et de ce qu’ils seront demain, quand ils seront unis. Comme pour leurs parents, le mariage mixte s’impose. Mais le choix de la cérémonie n’est pas évident. Il faut plaire aux parents, aux grands-parents, il ne faut blesser personne, il faut surtout se faire plaisir et créer une cérémonie à l’image de son union. Matias tient à la robe blanche, au voile. Samia veut une cérémonie multilingue, en arménien, en arabe, en français et en anglais. Pourront-ils inventer une cérémonie qui soit à la fois ancrée dans les traditions et à l’image de ce qu’ils sont ?
Mariage rime avec tradition
Mariage rime avec tradition : robe blanche, alliances, cortège… La tradition est ce qui donne un sens et une autorité aux rituels qui encadrent les grands moments de notre vie. Elle nous lie à notre passé et nous permet de bâtir notre avenir. Pourtant, au Québec, ce que l’on entend spontanément par tradition lorsqu’on parle de mariage n’a souvent rien à voir avec la société actuelle. En effet, qu’est-ce qu’un mariage traditionnel québécois dans cette ère post-révolution tranquille de globalisation, de multiculturalisme, de mariage mixte, de mariage gai ? Donner un sens à son mariage est devenu une affaire personnelle. Le rituel que Samia et Matias devront inventer reflète ce que Jeffrey Denis, professeur d’éthique à l’Université Laval et auteur du livre Éloge des rituels, nomme la « privatisation du rituel », l’idée que le rituel n’est plus dicté par la communauté religieuse, mais par les individus. Cela ne veut pas dire que les rites traditionnels soient exclus des célébrations, au contraire. On assiste plutôt à une nouvelle appropriation des rituels traditionnels qui sont déplacés, détachés et réinterprétés dans le but de donner au mariage une signification plus profonde, ancrée non seulement dans la tradition, mais surtout dans la réalité des mariés.
Comment s’y prendre ?
« En bricolant ! dit Guy Ménard, professeur de sciences religieuses à l’Université du Québec à Montréal et spécialiste des nouveaux rituels. Et cela est tout à fait naturel : le rituel n’a rien de fixe. » Au contraire, il s’adapte à l’environnement social dans lequel il est utilisé. « Les rituels se transforment pour correspondre au groupe qui s’en sert. S’ils avaient perdu leur attrait dans les années 1960 au Québec, on assiste aujourd’hui à leur renaissance. » Selon lui, le plaisir du rituel est humain, il ajoute un ton festif aux grands moments de notre vie. Même les rituels religieux ne sont pas immuables. « La cérémonie catholique du mariage n’a rien de fixe, explique Benoît Lacroix, père dominicain. Si elle est toujours pratiquée de la même manière, c’est parce que les prêtres manquent de temps ou d’imagination. Il ne faut pas oublier que, lors du sacrement du mariage, ce sont les époux qui sont les ministres ! » Alors... comment Samia et Matias devraient-ils s’y prendre pour créer un mariage à leur image ?
Les époux chefs d’orchestre
En s’appropriant les rituels traditionnels de leurs ancêtres et de la culture québécoise actuelle tout en les réinventant, les futurs mariés pourront trouver une manière d’exprimer qui ils sont à travers leur rituel. Encore faut-il être capable de mettre en perspective les rituels de sa religion ou de sa tradition. La diversité de religions déjà présente chez Samia et Matias leur donne une longueur d’avance, mais nul besoin d’avoir les origines ethniques multiples de nos deux tourtereaux pour avoir envie de célébrer la diversité et la pluralité le jour de son mariage. Tout le monde peut incorporer des rituels provenant de différentes traditions, il suffit qu’ils aient un réel écho pour les mariés. En fait, faire appel à des rituels provenant d’une tradition qui nous est étrangère est une façon claire de jouer avec l’idée même de tradition. Les futurs mariés remettent ainsi en question l’autorité d’une tradition unique, mais non l’idée d’avoir recours à des coutumes culturelles du passé pour fortifier le lien d’amour qui les unit.
Symptôme ou réponse ?
Pour répondre à ce changement, l’État a dû réagir et changer quelques modalités de la célébration du mariage. En effet, fini le temps où seuls des célébrants officiels avaient le droit d’unir les époux, fini le temps où mariage civil était automatiquement associé à la morosité du palais de justice : il est aujourd’hui possible de choisir le lieu et le célébrant de son mariage. Prêtre, célébrant sans dénomination ou même un ami ou un parent. En choisissant un célébrant personnel, les mariés ont non seulement carte blanche en ce qui concerne les rites de leur mariage, mais ils s’assurent de créer une cérémonie unique, à leur image. Le bricolage de rituels devient alors la norme : à part quelques formalités prescrites par le directeur de l’état civil, rien ne dicte la forme et le contenu de la cérémonie. Le rituel personnalisé est à son apogée; rien n’empêche Samia et Matias de mélanger rites traditionnels et actuels pour créer leur journée exceptionnelle.
Un mariage en blanc ou en couleurs
Le mariage est un moment riche en symboles et en rituels. Ces rites ont un sens qui dépend non seulement des traditions, mais également du vécu de chacun. Les futurs mariés peuvent être catholiques, mais se sentir beaucoup plus inspirés par des rituels juifs, hindous ou païens. Le mariage métis est pour tout le monde ! La cérémonie du mariage doit représenter de manière claire l’engagement dans lequel se lancent les futurs époux. Faire un mélange de différentes traditions peut devenir, dans le cas de Samia et Matias, une manière très intime de partager et de célébrer avec leurs invités leur différence et leur conception même de la diversité. Un mariage en blanc aux accents arabes, catholiques et orthodoxes n’a rien de traditionnel, au contraire. En faisant un métissage des cultures qui les entourent, en faisant appel à des rituels éclectiques, Samia et Matias pourront célébrer un mariage à leur image dans une tradition en pleine expansion.
Alors, il ne faut pas avoir peur d’être créatif. On peut faire preuve d’innovation le jour de ses noces ! La vie commune qui s’amorce n’en demandera pas moins !







